Partager ce contenu

Code d'intégration

Problématiques


Mise en danger des agriculteur.ice.s et de l'agriculture


Des producteur.ice.s qui vivent difficilement de leur métier

Nous le savons tous, une importante proportion d'agriculteur.ice.s ne vivent pas de leur métier.
  • A l'échelle nationale,  20 % des agriculteur.ice.s vivent sous le seuil de pauvreté (contre 13 % de la population nationale).
  • En 2018, 19 % des agriculteur.ice.s n’ont pas dégagé de revenus.
  • Les paysans ne touchent que 6,2 % du prix du produit payé à la distribution. 

 

Et la situation est encore plus difficile dans notre région.
D'après la publication de l'INSEE Analyses Auvergne-Rhone n°97 de février 2020, "les ménages agricoles d’Auvergne-Rhône-Alpes sont parmi ceux qui ont les plus faibles revenus de France. [...] Le revenu moyen issu de l’activité agricole [est] inférieur de près de 40 % au résultat national. (constats reconduits dans Analyses Auvergne-Rhone n°192 de février 2025)
Les activités complémentaires du ménage ne suffisent pas à compenser ce déficit. La faiblesse du revenu agricole résulte d’exploitations plus fréquemment de petite taille, tournées vers des activités d’élevage herbivore moins rémunératrices, plus contraignantes et moins facilement compatibles avec l’exercice d’autres activités. [...] Le taux de pauvreté des ménages agricoles [y est] plus élevé qu’en moyenne nationale."

Baisse du nombre d' agriculteur-ice-s

A l'échelle nationale, un agriculteur sur deux sera parti à la retraite d'ici à 2030. Ce sont 200 000 exploitations qui chercheront un repreneur ou une repreneuse dans un contexte de crise. 
 
Notre département ne fait pas exception. D'après le diagnostic alimentaire territorial de la CAPEV établi en avril 2022 par la Chambre d'Agriculture, la Haute-Loire a perdu 23% de ses exploitations agricoles entre 2010 et 2020. A l'échelle de la Communauté d'Agglomération du Puy-en-Velay, cela représente 313 exploitations perdues en dix ans.

Difficultés à trouver des terres pour s'installer en agriculture

En dépit de la diminution du nombre d'agriculteur.ice.s, il est de plus en plus difficile pour les porteurs et porteuses de projets agricoles de s'installer.  En effet, la reprise des fermes ne va pas de soi. 
 
  • D'une part, on note une tendance à l'agrandissement de la surface des fermes existantes. Si l'on prend l'exemple de la Communauté d'Agglomération du Puy, d'après le diagnostic alimentaire territorial, la SAU (Surface Agricole Utile) moyenne des exploitations est de 58,5 ha en 2020 (SAU identique à la moyenne du département), contre 45,9 ha en 2010.
  • D'autre part, la part des surfaces agricoles sur l'ensemble du département est en diminution. "Entre 2012 et 2018, sur le territoire de la CAPEV, la part des surfaces agricoles est passée de 60,12% à 58,88%. Cette régression s'est faite au profit de l'artificialisation (+17,03%) et de la surface forestière (+6,76%)" note le diagnostic alimentaire territorial.
 
Le résultat de cette double tendance à l'agrandissement et à l'artificialisation est la hausse constante du prix du foncier agricole en Haute-Loire, ainsi que le relève le même diagnostic. L'accès à la terre est donc de plus en plus difficile.

Des installations/transmissions difficiles ou longues

Transmettre une exploitation est un processus complexe.
Dans un contexte où les enfants ne reprennent pas systématiquement la ferme de leurs parents, et où près de 75% des personnes qui suivent une formation agricole sont hors-cadre familial (selon la CFPA, les chambres d’agricultures et la SAFER), les transmissions sont de plus en plus difficiles. Pour les cédants, il est plus compliqué qu'avant de trouver des repreneurs qui adhèrent au format de leur exploitation (en particulier dans le cas de l'élevage). Plus l'exploitation est de grande dimension, plus il est compliqué de la transmettre,  notamment en raison du prix du matériel à racheter. Si on se réfère au DICAA (Document d'Intention de Cessation d'Activité Agricole), tout agriculteur doit déclarer son intention de cesser son activité au moins 3 ans avant sa retraite (et dans les faits ce délai est insuffisant).
Pour les jeunes qui souhaitent s'installer hors cadre familial, c'est un passage beaucoup plus rude que pour les jeunes issus du milieu agricole : ils ne bénéficient ni des facilités financières qui peuvent aller de pair avec une reprise familiale. ni de l'expérience et de l'accompagnement des anciens et sont victimes d'une forme de défiance. Enfin,  l'agriculture locale est très orientée élevage avec une faible incitation aux autres productions.

Inégale répartition des aides PAC

En 2023, 8,5 milliards d'euros ont été versés à la France métropolitaine au titre des principales aides de la PAC.
 
Il existe deux aides attribuées directement à la surface : le droit au paiement de base (DPB) lié directement à la surface cultivée et le paiement redistributif lié aux 52 premiers hectares d'une exploitation agricole. Ces aides attribuées à la surface représentent 3,7 milliards en 2023 (contre 3,6 milliards en 2022), soit une augmentation de +3,7%
 
Les aides incitant à produire en respectant l'environnement et la santé des personnes regroupent l'écorégime (anciennement paiement vert) et les aides à l'agriculture bio et aux mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). En 2023, ces aides représentent 2,2 milliards d'euros (contre 2,5 milliards d'euros en 2022), soit une diminution de 8,9%. A noter : pour la PAC 2023-2027, il n'y a plus d'aides au maintien de l'agriculture biologique et les aides directes liées à l'agriculture biologique sont fléchées en direction de la conversion. D'après la parution d'AGRESTE en octobre 2025,  "Trois voies permettent l’accès à l’écorégime. Plus des trois quarts des bénéficiaires de cette aide en 2023 y ont accédé par la voie des pratiques. 18 % y ont accédé par la voie de la certification, le plus souvent par la certification bio, très présente en maraîchage-horticulture et dans les cultures fruitières notamment, ou par le label HVE, très présent en viticulture en particulier".  Autrement dit, certaines pratiques moins contraignantes suffisent à toucher l'écorégime, alors qu'il n'y a plus de budget fléché directement vers le maintien de l'agriculture biologique. 

Changement climatique et chute de la biodiversité

La région Auvergne-Rhône-Alpes est largement concernée par la chute de la biodiversité puisque plus de 30% des espèces évaluées dans la région sont menacées d'extinction contre 19% à l'échelle nationale (chiffres de l'observatoire national de la biodiversité sur les espèces). Les groupes les plus touchés sont les amphibiens, les chiroptères et les oiseaux dont les régimes alimentaires sont majoritairement liés aux insectes eux-mêmes en énorme disparition.
En 2023, plus de 8000 captages d'eau potable sont actifs en AURA. 60 unités de distribution ont été concernées par des dépassements ponctuels de la limite de qualité en pesticides et 75 de façon récurrente. (Chiffres 2024 de l'ARS, issus du rapport "L'eau potable en Auvergne Rhône-Alpes")

Appauvrissement des sols

D'après les Greniers d'Abondance, dans le rapport "Qui veille au grain", "l'état dégradé de nombreux sols en France diminue leur potentiel nourricier, augmente leur sensibilité à la sécheresse, et rend l'agriculture d'autant plus dépendante aux intrants chimiques et aux interventions humaines. Cela accroît la vulnérabilité du secteur face au déréglement climatique et à l'épuisement des ressources. "